Schaerbeek : le prix du mensonge
La libre Belgique, 12 octobre 2006, par Henri Goldman et Hugues Le Paige
Contracter un accord secret revient à mentir par omission aux électeurs. les responsables de ce ratage ne son pas ceux qui ont dénoncé l’accord. Mais bien ceux qui l’ont signé et qui l’ont tu.
Question : à Schaerbeek, Isabelle Durant avait-elle le droit de ne pas respecter le pacte signé avec le PS et le CDH pour passer, le soir des élections, un autre accord avec le bourgmestre MR Bernard Clerfayt ? Oui, affirme la secrétaire fédérale écolo. Ce pacte entre trois partis était conditionné par le fait que « l’électeur leur en donne ensemble les moyens ». Cette condition n’était pas remplie, l’Olivier n’obtenant que 24 sièges sur 47, soit une majorité beaucoup trop courte. Pas d’accord, déclare Henri Simons. L’ex-échevin vert à la Ville de Bruxelles, écarté par représailles de la nouvelle majorité PS-CDH, n’accepte pas la manière. Au minimum, il fallait d’abord en délibérer au sein du parti et s’expliquer avec les autres signataires, qui ont appris la nouvelle de la rupture du pacte sur les plateaux de télévision.
Mais tous deux se retrouvent sur un point, que tout le monde n’a découvert que le soir du scrutin et qui semble n’émouvoir personne : il y avait bien un accord, et ce depuis le 28 septembre 2005 ! Six personnes au moins étaient au courant, et non des moindres, puisque l’accord était signé par Isabelle Durant (Écolo), Laurette Onkelinx (PS) et Denis Grimberghs (CDH), et parrainé par Henri Simons, Philippe Moureaux et Joëlle Milquet. Et c’est bien là le problème.
Car ce type d’accord symbolise à merveille cette ancienne culture politique dont il faut absolument se défaire pour redonner de la noblesse à la politique en tant que mise en forme de la délibération démocratique. Pour jouer leur rôle, les citoyens-électeurs doivent pouvoir accéder à toutes les informations susceptibles d’éclairer leur vote. Et notamment : avec qui souhaitez-vous aller au pouvoir, et pour y faire quoi ?
Dans un pays où le système politique impose la formation de coalitions, il est capital que chacun puisse savoir avec quelles formations celle qui aurait sa préférence envisage de faire des compromis. Avant les élections fédérales de 1999, un accord de gouvernement existait entre le PS de Philippe Busquin et le PRL de Louis Michel. Malgré les dénégations des signataires, chacun savait, à ce moment-là, qu’en votant PS, on ramenait les libéraux au pouvoir. Ce fut une des raisons pour lesquelles, en juin 1999, de nombreux électeurs de gauche ont voté pour Écolo qui avait révélé le pot aux roses et fit alors son score historique. Mais ce genre d’accord n’a de vertu démocratique qu’à une condition : qu’il soit assumé publiquement du début à la fin, « si l’électeur en donne les moyens ». Le modèle à suivre vient du Brabant wallon : à Ottignies-Louvain-la-Neuve, pour les élections communales de 2000 et de 2006, les Verts, les socialistes et les démocrates-chrétiens du cru ont passé un pacte de majorité. Le contenu de leur programme de mandature a été rendu public. Par son vote, l’électeur ottintois choisissait en pleine connaissance une équipe dirigeante. Et s’il adhérait à la majorité Olivier qui lui était proposée, il pouvait en prime choisir parmi les trois listes coalisées celle qu’il souhaitait renforcer. Donc pas d’accord secret, mais un contrat clair face à l’électeur qui a pu se faire une opinion en adulte informé.
À Schaerbeek, plusieurs choix politiques étaient honorables d’un point de vue de gauche. On pouvait manifester sa préférence pour un Olivier, ce que firent dans la commune le PS et le CDH. On pouvait privilégier la continuité de la majorité sortante MR-PS-Écolo sous la houlette du bourgmestre Clerfayt, mandataire progressiste égaré dans un parti de droite et dont l’action est appréciée bien au-delà de son propre camp. Mais on pouvait également, et cela semblait la pente d’Écolo, ne pas trancher entre les deux formules qui présentaient chacune des avantages, en attendant le verdict des urnes. Dans toutes les hypothèses, les partis de la gauche schaerbeekoise pouvaient jouer franc jeu avec leurs électeurs. Inutile pour cela de signer quoi que soit dans leur dos.
Avec la révélation le soir de leur vote de l’existence d’un accord secret, ces électeurs peuvent éprouver une légitime amertume : on leur a menti, ne fut-ce que par omission. Les responsables de ce ratage ne sont pas particulièrement ceux qui ont dénoncé l’accord. Mais bien ceux qui l’ont signé et qui l’ont tu.
Forum de cet article
Schaerbeek : le prix du mensonge
posté par M. Mahmourian le 2 novembre 2006
Bien d’accord avec vous pour réprouver les accords pré-électoraux lorsqu’ils sont secrets. Aucun secret ne peut tenir devant le peuple souverain.
Mais croyez-vous vraiment qu’il y avait dans la lice schaerbeekoise une "droite" et une "gauche" politique ? Dans l’affirmative, à supposer, ce que je ne crois pas, que cela puisse se comprendre de la "droite", comment qualifier une "gauche" qui aligne des candidats négationnistes ?
Schaerbeek : le prix du mensonge
posté par Jeune libéral non-conservateur le 1er novembre 2006
Le seul fait que le travail du Bourgmestre sortant soit apprécié au delà de son parti ne le qualifie pas automatiquement d’égaré dans son parti. Des bourgmestres compétents et appréciés se trouvent dans toutes les formations politiques. Les élections communales ont montré que les alliances se formaient autour des personnes et parfois contre des personnes sans qu’entre en ligne de compte ce romantisme politique de gauche que vous défendez.
La seule manière de d’évoluer est de rompre avec le conservatisme qu’il soit de gauche ou de droite. La société belge a besoin d’une révolution des mentalités au niveau culturel, sociétal et économique. Les deux premiers ont déjà évolués sous un gouvernement fédéral violette, le dernier reste en rade particulièrement en wallonie où le PS incarne seul la stagnation.
On a eu besoin de l’alternance par le renvoi de l’ex-CVP dans l’opposition, on en a également besoin en Wallonie par le renvoi du PS dans l’opposition.
Schaerbeek : le prix du mensonge
posté le 13 octobre 2006
Vous êtes des faux naïfs. Les partis se parlent entre deux soirs d’élections, croyez vous que cet accord aurait empêché le PS de se joindre au MR si il n’y avait le combat Onkelinx-Clerfayt ? Clerfayts égaré à droite ? Votre analyse me semble lègère.

